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LE KHADI

Le khadi, tissu fait à la main et exclusivement tissé de fil indien, devint un symbole de ralliement pour les nationalistes, après que les Britanniques, en envoyant le coton brut dans leurs usines de Manchester, eurent ruiné les petits artisans du Raj.

« Je ne crois pas que j'avais jamais vu un rouet, quand, en 1908, je le décrivais comme la panacée du paupérisme grandissant de l'Inde… Nous nous étions donné pour but d'arriver à nous vêtir entièrement de tissu fabriqué par nos mains. Nous renonçâmes donc dorénavant à l'utilisation des tissus industriels et tous les membres de l'ashram résolurent de ne porter que des tissus faits à la main et exclusivement tissés de fil indien. »

Gandhi, 1927  

« Il faut tâcher de comprendre les conditions spéciales de 'Inde et le sens exact que Gandhi donne à la charkâ ( rouet ). Il n'a jamais prétendu que le filage fût un moyen suffisant de vivre mais une industrie auxiliaire de l'agriculture, quand celle-ci est suspendue. Le problème est poignant et urgent : 80 % de la population de l'Inde sont agricoles et n'ont pas d'occupations pendant quatre mois de l'année. » Romain Rolland, 1924

  Lors la partition de l'Inde, en 1947, environ 30% de la zone de culture du coton passa au Pakistan, réduisant de manière considérable la disponibilité de coton dans le pays.

IMPRESSION AU BLOC

Il existe plusieurs techniques d'impression au bloc dont on trouve les origines il y a plusieurs siècles en Perse (Iran) :

•  l'impression directe : le bloc est trempé dans la teinture et l'impression se fait directement sur le tissu.

•  l'impression en réserve : le bloc, trempé dans une pâte de réserve – en général une pâte à base de noyaux de tamarinier et de chaux -, est appliqué sur le tissu qui est ensuite teint. Lorsque la pâte de réserve est enlevée, la couleur naturelle du tissu apparaît.

•  Des motifs complexes peuvent être obtenus en mélangeant les deux techniques pré citées, en utilisant différents blocs et en jouant sur les différentes teintures végétales.

Processus pour obtenir - par exemple - un tissu portant des dessins noirs, rouges et blancs :

La pièce de tissu est d'abord décatie puis trempée dans une solution de Myrobolan et d'eau froide qui servira de base à la teinture ; le tissu (devenu jaunâtre), est mis à sécher au soleil. Il est prêt à être imprimé.

L'application des pâtes obtenues en mélangeant les éléments ci-dessous se fait soit au bloc pour obtenir les dessins désirés, soit à la brosse (à chaussures !) si l'on veut teindre le fond du tissu.

•  Un mélange de Chaux et de gomme arabique, formera les dessins en réserve et donnera - plus tard - les motifs blancs

•  De l'Alun, mélangé à une certaine quantité de gomme pour obtenir une pâte un peu visqueuse (plus aisée à appliquer) donnera les motifs rouges.

•  L'application d'une solution de fer donnera les motifs noirs – La solution de fer est obtenue en faisant mariner dans un bidon des morceaux de ferraille pendant 6 à 7 jours. Le liquide obtenu est ensuite filtré et chauffé avec de la farine de tamarinier ; on obtient alors une pâte, facile à utiliser. Le noir est produit par la réaction du myrobolan avec la solution de fer.

A ce stade, seule la couleur noire est visible. Pour faire ressortir la couleur rouge on fera bouillir le tissu dans une solution d'alizarine, le colorant contenu dans la garance (la concentration ou la nuance du rouge dépendra de la température du bain d'alizarine). On profitera de ce bain pour faire "fondre" la pâte qui a servi aux réserves (opération n° 1), révélant ainsi les motifs blancs.

Le tissu est ensuite lavé à l'eau courante (en eau stagnante pour les couleurs chimiques) puis séché au soleil, à plat sur le sol pour les teintures naturelles, (suspendu pour les teintures chimiques).

La technique est sensiblement la même pour toutes les autres couleurs avec quelques différences dans l'ordre d'application des produits ou des couleurs en fonction des différentes réactions chimiques provoquées.

 

Couleur

Produit naturel

Rouge

Alizarine & alun

Noir

Fer

Jaune orange

Turmeric / Curcuma

Bleu

Indigo

Vert

Indigo + Ecorce de grenade

Marron foncé

Feuilles de thé

Myrobolan : fruit du Badamier (contraction de bois de damier ), famille des combretacées dont l'écorce laisse couler une gomme douce et astringente. Arbre utilisé en Inde pour traiter les angines, les aphtes et le scorbut. Utilisé ici comme mordant.

 

BANDHEJ  ou BANDHINI : technique des réserves nouées

Le tissu de soie, coton ou laine est d'abord lavé et blanchi. Le tissu, séché, est plié en deux dans la longueur et souvent aussi en deux dans la largeur. Le teinturier imprime à l'argile le dessin fait de centaines, de milliers de petits points .

Les femmes font alors des nœuds sur tous les points en soulevant avec leur ongle pointu ou un ongle métallique les deux ou quatre épaisseurs du tissu. A vrai dire, elles ne nouent pas mais entourent fortement un «  pic » de tissu avec un fil passé dans un petit tube en plastique (actuellement intérieur de stylo bille) pour qu'il suive bien le mouvement rotatif rapide des doigts. Ce fil, avant application, est mouillé, d'un geste vif avec la salive pour qu'en séchant, il se rétracte et enserre encore plus le tissu .

Ainsi noué, le tissu est plongé dans un bain de teinture. S'il doit subir plusieurs teintures, la première teinture sera la plus claire; les parties devant conserver cette première couleur sont protégées par de nouveaux nœuds avant que le tissu soit plongé dans un deuxième bain. S'il doit y avoir une troisième couleur, la deuxième couleur sera préservée par une troisième série de nœuds etc...

Le tissu est ensuite lavé dans deux ou trois eaux pour éliminer le surplus de couleur et mis à sécher à l'ombre.

Les nœuds seront défaits en séparant les épaisseurs de tissu avant la vente ou par l'acheteur lui même. Le tissu reste bosselé, le dessin n'apparaissant que si on l'étire ou le repasse, mais le souvenir de la technique s'efface alors...

 

LES BRODERIES

Les broderies du Gujarat sont probablement les plus riches de l'Inde .On dit de cet état que c'est un jardin resplendissant où s'épanouissent tous les ouvrages ethniques

La coutume, profondément ancrée, de donner á la future mariée des ouvrages brodés comme dot, a fortement soutenu cet artisanat .De génération en génération ,cette tradition persiste.

les principaux points utilisés sont

- Le point arrière semant ses pointillés clairs sur les contours
- Le point de chausson souvent très serré , en remplissage
- Le point de feston, très serré, devient le point de boutonnière pour fixer les miroirs
- Le point de chaînette exécuté au crochet ou point de Beauvais, en contour ou en remplissage
- Le point d'échelle, dérivé du précédent, très serré et très large
- Le point lancé
- Divers points d'entrelacs

Tous ces points ont en commun d'ètre le plus petit possible.

Chaque communauté a ses codes de broderie lisibles dans les points, dans les motifs, dans l'organisation de la broderie, dans la taille et la forme des miroirs.

A l'intérieur de la communauté, on peut aussi lire l'âge, le statut matrimonial et l'origine géographique de la personne qui porte le vêtement.

Les JATS , musulmans, sont fiers que leurs « broderies durent plus longtemps que le tissu sur lequel elles sont faites ». Leur broderie si dense que le tissu n'est plus du tout visible. Barrettes de broderie à touche touche ou point de croix géométrique.

Les MEGHWARS, harijan hindous, utilisent parfois les fils en faisceaux enserrés par des fils d'autres couleurs. Contours par de petits points arrière clairs.

Les MUTWAS, musulmans, traditionnellement bergers, posent des miroirs minuscules. Points arrière en contours. Dessins géométriques avec fond noir apparent. Grâce à leur broderie, les femmes Mutwas s'affranchissent un peu d'un code de conduite très strict.

Les RABARIS , nomades, éleveurs de chameaux et bergers ,travaillent les miroirs de toutes formes entourés de jeux de broderie variés. Beaucoup de points de chaînette.

Les SODHAS, cultivateurs hindous récemment installés dans le Kutch, utilisent le point lancé pour des créations géométriques à base de triangles sans dessin préalable